1. Un tournant géopolitique majeur : la guerre contre l'Iran redessine l'économie mondiale
Le 28 février, une rupture historique
Après la date du 24 février 2022 — entrée en guerre de la Russie contre l'Ukraine — le 28 février 2026 s'inscrit lui aussi dans l'histoire : il marque l'intervention militaire des États-Unis, associés à Israël, contre l'État iranien. Ce choc géopolitique a immédiatement bouleversé les équilibres économiques et financiers mondiaux, dominant toute l'actualité du mois de mars.
Le détroit d'Ormuz, véritable arme économique
La fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en GNL, s'est révélée particulièrement problématique pour les marchés de l'énergie.
La paralysie du transport maritime dans ce goulot d'étranglement, couplée à la fermeture ou la détérioration des infrastructures énergétiques, a provoqué une flambée des prix de l'énergie et perturbé l'offre mondiale en produits de base essentiels, dont les engrais.
2. La flambée des prix de l'énergie : un choc sans précédent depuis 2022
Le baril s'envole au-dessus de 100 dollars
Après une flambée spectaculaire depuis le début du conflit, le Brent a connu l'une de ses plus fortes hausses mensuelles depuis des années, avec une progression pouvant atteindre 60 % en quelques semaines — une première depuis 1988. Le cours du Brent a flambé de 30 % en l'espace de quelques heures début mars, atteignant brièvement un pic à 119 dollars le baril, avant de se stabiliser autour de 100 dollars.
Le gaz naturel également sous tension
Les prix du gaz naturel ont connu des hausses tout aussi importantes : ils ont progressé de 91 % depuis le début de l'année pour atteindre 54 euros par MWh. Ce conflit a entraîné une forte hausse des prix du pétrole et du gaz, une baisse des marchés actions et une remontée des taux d'intérêt, avec la crainte du retour des pressions inflationnistes.
3. L'inflation repart à la hausse : le dilemme des banques centrales
Dans la zone euro, l'inflation rebondit brutalement
L'inflation dans la zone euro a accéléré à 2,5 % en mars contre 1,9 % en février, selon les estimations préliminaires d'Eurostat. Les prix de l'énergie ont bondi de 4,9 % en glissement annuel, inversant une baisse de 3,1 % en février, enregistrant leur première hausse annuelle depuis début 2025. Toutefois, l'inflation sous-jacente — hors énergie et alimentation — a en réalité reculé de 2,4 % à 2,3 %, offrant aux membres les plus accommodants du Conseil des gouverneurs juste assez de marge pour plaider la patience.
La BCE maintient ses taux à 2 %, mais sous pression croissante
La BCE a maintenu ses taux inchangés lors de sa réunion du 19 mars. « La guerre au Moyen-Orient a rendu les perspectives nettement plus incertaines, créant des risques à la hausse pour l'inflation et des risques à la baisse pour la croissance économique », a indiqué la BCE. L'inflation dans la zone euro devrait désormais atteindre 2,6 % cette année selon la BCE, contre 1,9 % prévu dans ses précédentes projections de décembre, et la croissance n'est plus attendue qu'à 0,9 %.
La Fed dans l'inconfort
La Réserve fédérale a maintenu ses taux dans la fourchette 3,50 % à 3,75 % lors de sa réunion du 18 mars. Son dernier « dot plot » ne projette plus qu'une seule baisse de taux en 2026, mais les marchés vont plus loin : l'outil CME FedWatch affiche désormais une probabilité supérieure à 50 % d'une hausse de taux d'ici le deuxième trimestre 2026.
4. Des marchés financiers en forte correction
Un mois de mars marqué par des pertes généralisées
Le mois de mars aura été baissier sur tous les marchés, sous l'impact du conflit au Moyen-Orient. L'Europe a perdu en moyenne autour de 8 % sur le mois, le S&P500 a cédé 7 %, et les indices émergents asiatiques ont également reculé de 8 %.
Les indices européens et asiatiques, régions les plus exposées à la hausse en raison de leur forte dépendance énergétique, ont enregistré les baisses les plus marquées. D'un point de vue sectoriel, les valeurs sensibles au cycle économique — consommation, construction, chimie, financières — ont été les plus touchées, tandis que la technologie, les télécoms et les utilities résistaient mieux.
Un trimestre historiquement mauvais pour Wall Street
Le premier trimestre 2026 restera dans les mémoires : le S&P 500 a clôturé à 6 368,85 points, portant son recul trimestriel à -7,14 %, sa pire performance trimestrielle depuis 2022. Le Dow Jones a terminé à 45 166 points, tandis que le Nasdaq a plongé à 20 948 points.
L'or et le dollar en valeurs refuges
L'once d'or s'échange à 4 561 dollars, confirmant un positionnement défensif d'une partie des investisseurs, un mouvement qui accompagne généralement les périodes où les marchés actions manquent de visibilité. Le dollar, de son côté, s'est fortement apprécié face à l'euro, la monnaie unique passant de 1,1778 avant les attaques à 1,1457, rendant les importations — dont l'énergie — plus coûteuses pour la zone euro.
5. Risques et opportunités pour les investisseurs
Risques à surveiller
- Conflit au Moyen-Orient et prix de l'énergie : tant que le baril se maintient sous le seuil des 100 dollars, l'impact sur l'économie mondiale devrait rester contenu selon la plupart des analystes. Au-delà, le scénario de stagflation deviendrait dominant.
- Stagflation : les économistes sondés par Bloomberg ont relevé leurs prévisions d'inflation PCE pour 2026 à 3,1 %, tout en abaissant la croissance attendue à 2,3 % — une combinaison classique de prix en hausse et d'activité en berne.
- Hausse des taux : une hausse de taux de la BCE à un moment donné en 2026 est désormais valorisée avec une probabilité de 84 % par les marchés.
- Consommation des ménages : en février, les dépenses des ménages en biens ont reculé de 1,4 % sur un mois, bien au-delà des attentes, avec des replis marqués sur l'énergie (-2,4 %) et les biens manufacturés (-1,7 %).
Opportunités
- Diversification défensive : les valeurs technologiques et les utilities ont démontré leur résistance relative face aux chocs géopolitiques.
- Or et actifs réels : dans un contexte de pression inflationniste, l'or et les actifs réels (SCPI, infrastructures énergétiques) retrouvent de l'attrait.
- Calendrier politique décisif : Donald Trump demeure particulièrement attentif à la réaction des marchés financiers. À l'approche des élections de mi-mandat (midterms), le calendrier politique réduit sa marge d'erreur et limite la probabilité d'un conflit long et incontrôlé.
- Japon : avec une victoire électorale historique de la Première ministre Sanae Takaichi et une relance budgétaire massive au programme, le marché japonais conserve des atouts structurels malgré la tension croissante sur sa dette souveraine.
Mars 2026 marque une rupture nette avec les mois précédents. Le premier trimestre 2026 aura infligé un rappel brutal aux investisseurs : la géopolitique peut inverser la tendance des marchés en quelques semaines. L'envolée du pétrole au-dessus de 100 dollars, la résurgence de l'inflation et la paralysie de la politique monétaire forment un triptyque que Wall Street n'avait plus affronté depuis 2022. Pour les épargnants et investisseurs, la diversification sectorielle et géographique, combinée à une exposition mesurée aux actifs refuges, reste plus que jamais la ligne de conduite à privilégier.
| Indice | Performance (mars 2026) | Performance (depuis début 2026) | Commentaire |
|---|---|---|---|
| MSCI World | -7,0 % | -3,7 % | Choc géopolitique efface les gains du trimestre |
| MSCI Emerging Markets | -8 % | +1,5 % | Asie très exposée au choc énergétique |
| S&P 500 (États-Unis) | -8,7 % | -7,1 % | Pire trimestre depuis 2022, clôture à 6 369 pts |
| Euro Stoxx 50 | -8,0 % | -3,7 % | Forte dépendance énergétique de la zone euro |
| TOPIX (Japon) | -13,1 % | -3,5 % | Pire mois depuis octobre 2008 /3 498 pts |
| CAC 40 (France) | -8,78 % | -5,6 % | Plus forte baisse mensuelle depuis 2022 /7 702 pts |