Le 30 septembre, le gouvernement présente en Conseil des ministres le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027. Parmi les pistes qui ont fuité début septembre figure l’assujettissement aux cotisations sociales de l’intéressement, de la participation et de l’abondement au-delà de 3 000 € par an. Rien n’est arbitré. Mais le calendrier tombe deux mois après une étude qui nous a valu une place inattendue sur un podium européen.

Première d’Europe, à 55,6 %

Selon l’Institut économique Molinari, à partir de données calculées par EY, le salarié moyen français a travaillé jusqu’au 22 juillet 2026 pour financer charges et impôts. Quatre jours de plus qu’en 2025, et un niveau inégalé depuis 2019. L’étude porte sur un célibataire sans enfant rémunéré au salaire moyen de son pays : avec des enfants, la photographie change sensiblement.

Pays Libération sociale et fiscale 2026 Taux de pression
France 22 juillet 55,6 %
Autriche 17 juillet 54,00 %
Belgique 17 juillet 53,99 %

Ce salarié coûte 65 777 € à son employeur et perçoit 29 232 € nets après impôts. Entre les deux, 36 545 € de prélèvements, dont 31 487 € de cotisations sociales, soit 108 % du revenu disponible quand la moyenne européenne s’établit à 51 %. L’impôt sur le revenu (3 026 €) et la TVA (2 032 €) pèsent moins lourd qu’on ne l’imagine.

Pour que le salarié moyen dispose de 100 € de revenu supplémentaire, l’employeur doit en débourser 225. C’est, là encore, le record de l’Union européenne.

L’OCDE ne classe pas la France première

La source mérite d’être située. L’Institut économique Molinari est un think tank libéral, financé par des cotisations privées, qui plaide ouvertement pour la retraite par capitalisation. Les calculs viennent d’EY et la méthodologie est stable depuis dix-sept ans, mais le cadrage reste militant. Le contrôle est simple : l’OCDE publie chaque année son coin fiscal, et son édition d’avril 2026 place la France à 47,2 %, au 3e rang des 38 pays de l’OCDE, derrière la Belgique et l’Allemagne. L’écart tient surtout à la TVA, que l’OCDE n’intègre pas. Les deux mesures convergent sur le niveau. Elles divergent sur le rang.

28 % de cotisations pour 70 % de pension

C’est le chapitre le plus utile pour un épargnant. Toujours selon l’étude, les cotisations retraite représentent 28 % du salaire brut en France contre 22 % aux Pays-Bas, pour un taux de remplacement futur estimé à 70 % ici et 96 % là-bas. On cotise davantage pour une pension relative plus faible. L’institut évalue ce manque à gagner à environ 3 400 € par an et par actif ou retraité, soit 160 milliards d’euros. Le calcul repose sur des hypothèses de rendement : un ordre de grandeur, pas une facture.

Ce qui vous concerne est plus terre à terre. Si la retraite obligatoire couvre de l’ordre de 70 % du revenu d’activité, et souvent moins pour les cadres dont la rémunération au-dessus du plafond est moins bien couverte, le complément se construit pendant la vie active. Le plan d’épargne retraite sert à cela, avec des contreparties à regarder en face : les sommes sont bloquées jusqu’à la retraite, hors cas de déblocage anticipé prévus par la loi ; la sortie est fiscalisée, et la déduction obtenue à l’entrée n’est un gain que si votre tranche marginale baisse ensuite ; les versements en unités de compte comportent un risque de perte en capital, et aucun rendement n’est garanti.

L’étude ne dit rien des indépendants

Elle porte sur des salariés, et sur eux seuls. Si vous êtes travailleur non salarié, vous cotisez sans employeur pour prendre en charge une part, et vos régimes complémentaires n’ont rien de commun avec l’Agirc-Arrco. Sur les dossiers que je suis, c’est là que l’écart entre cotisations versées et pension attendue surprend le plus. Faute de statistique publique permettant de comparer proprement les deux taux de remplacement, je me garderai d’avancer un chiffre : cela se calcule relevé de carrière en main.

Ce qui se joue le 30 septembre

Le contexte budgétaire n’incite pas à l’optimisme : déficit public de 5,1 % du PIB en 2025, dette à 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026, OAT à 10 ans à 4,27 % début septembre. La piste sur l’épargne salariale viserait environ un milliard d’euros. Elle n’est à ce stade qu’un document de travail interne non validé, que Bercy comme Matignon ont relativisé. Si elle prospérait, l’abondement versé sur un PERECO au-delà de 3 000 € par an perdrait une partie de son intérêt.

Il n’y a rien à faire dans l’urgence. Les textes seront déposés au plus tard le 6 octobre et débattus fin octobre. D’ici là, le plus sage est de ne caler aucun arbitrage de fin d’année sur une mesure qui n’existe pas encore.

Sources

  • Institut économique Molinari, La pression sociale et fiscale réelle sur le salaire moyen au sein de l’UE en 2026, 17e édition, données EY, 21 juillet 2026.
  • OCDE, Taxing Wages 2026, avril 2026.
  • LégiFiscal, « Épargne salariale : une taxation à l’étude pour le PLFSS 2027 », 8 septembre 2026.